La solitude du dirigeant : ce qui aide vraiment

Près d'un dirigeant sur deux se sent isolé. D'où vient cette solitude, pourquoi les réponses habituelles tiennent mal, et ce qui aide pour de bon : des pairs, à hauteur d'yeux, régulièrement.

Par L'équipe KOZ
Mosaïque de neuf photos de petits groupes de professionnels attablés au restaurant, en salle et en terrasse.

Il est 21h30, les équipes sont rentrées, et vous avez une décision à prendre avant demain. Renégocier avec ce client qui pèse un tiers du chiffre, ou le laisser partir. Recruter maintenant, ou tenir encore un trimestre. Vous tournez le problème dans tous les sens, et vous réalisez qu'il n'y a personne à qui le poser. Pas à vos salariés, leur poste dépend de la réponse. Pas à votre conjoint, qui a déjà tout entendu. Pas à vos amis, qui vous répondent gentiment « en même temps, c'est vous qui avez choisi ».

Cette scène, presque tous les dirigeants la connaissent. En 2026, 49 % des dirigeants de PME et d'ETI interrogés par Bpifrance Le Lab se déclarent isolés, et 18 % se disent très isolés, contre 11 % dix ans plus tôt. Pour 65 % d'entre eux, cette solitude prend la forme d'un stress lié à la charge mentale. Ce guide ne cherche pas à vous convaincre que vous êtes seul, vous le savez déjà. Il essaie de trier ce qui aide vraiment de ce qui ne fait que déplacer le problème.

D'où vient cette solitude, au juste

On la présente souvent comme un trait de caractère, une faiblesse à corriger. C'est surtout une conséquence mécanique de la place que vous occupez.

  • Vous portez un risque que personne d'autre ne porte. Votre caution personnelle, votre réputation, vos nuits. Les salariés voient les décisions, pas ce qu'elles vous coûtent. L'écart d'information crée l'écart de solitude.
  • Le rôle vous demande d'avoir l'air sûr. Une équipe a besoin d'un cap. Dire « je ne sais pas » devant elle, ça se fait, mais rarement, et jamais sur les sujets qui font peur. Le doute reste donc chez vous.
  • Votre entourage se rétrécit sans que vous le décidiez. Moins de temps pour les anciens collègues, des amis salariés qui ne mesurent pas ce qu'est une trésorerie à trois semaines, et un cercle pro composé de gens qui dépendent de vous : clients, fournisseurs, équipes.

Le moment de la vie de l'entreprise compte aussi. Dans la même étude, 30 % des dirigeants se sentent seuls souvent ou toujours au moment de la création, 58 % dans les périodes de difficulté, et 25 % dans les succès. Ce dernier chiffre surprend, puis on comprend : quand ça marche, personne ne pense à vous demander comment vous allez.

Ce qui ne marche pas, ou pas longtemps

Avant de parler de solutions, un mot sur les fausses pistes. Elles sont confortables parce qu'elles demandent peu, et c'est justement pour ça qu'elles ne tiennent pas.

Travailler davantage. C'est la réponse réflexe, et elle a l'avantage de donner l'impression d'agir. Mais la solitude n'est pas un problème de charge, c'est un problème d'écoute. Vous pouvez remplir vos journées à ras bord et rentrer aussi seul qu'avant.

Tout confier à une seule personne. Un conjoint, un ami proche, un associé. Au début ça aide. Puis la personne sature, parce qu'elle vit vos décisions sans pouvoir les prendre. Une seule soupape finit par lâcher.

S'en remettre aux réseaux sociaux. Sur LinkedIn, tout le monde lève, recrute et fête quelque chose. Vous y trouverez des idées, parfois des contacts, rarement quelqu'un à qui dire que vous n'avez pas dormi.

Les grands évènements professionnels. Beaucoup de monde, un verre à la main, trois minutes par personne. On en repart avec des cartes de visite, pas avec un interlocuteur pour jeudi soir.

Ce qui aide vraiment : des pairs, à hauteur d'yeux

Ce qui change la donne, c'est de pouvoir parler à quelqu'un qui porte le même type de poids que vous, dans une autre entreprise. Un pair. Pas un mentor qui a tout réussi, pas un expert qui facture, pas un proche qui vous aime. Quelqu'un qui est dedans en ce moment, comme vous.

Un pair a trois qualités que personne d'autre n'a :

  • Il n'a rien à perdre à votre décision. Vous pouvez lui dire que vous envisagez de fermer une activité, il ne va pas s'inquiéter pour son poste ni pour sa commande. Vous pouvez enfin réfléchir à voix haute.
  • Il comprend sans explication. Pas besoin de décrire ce qu'est un mois sans salaire ou un associé qui se désengage. Il hoche la tête, il y est passé, ou il y est.
  • Il attend la même chose de vous. La relation est réciproque. Vous écoutez autant que vous parlez, et c'est précisément ce qui la rend légère. Personne ne devient le thérapeute de l'autre.

Reste une condition : la régularité. Un déjeuner formidable une fois dans l'année ne change rien à vos soirées de novembre. Ce qui compte, c'est d'avoir un rendez-vous qui revient, même modeste. Un café mensuel avec deux dirigeants, un déjeuner par mois avec des gens nouveaux, un pair que vous appelez le vendredi. La solitude recule devant la répétition, pas devant l'intensité.

Et ce qu'on y dit a son importance. L'idéal, c'est de parler des décisions avant de les prendre, pas après. Après, on raconte. Avant, on réfléchit, et c'est là que le regard de quelqu'un qui n'est pas dans votre boîte vaut de l'or.

Comment trouver ces pairs quand on n'en a pas

La bonne nouvelle, c'est que vous en connaissez déjà sans le savoir. La moins bonne, c'est qu'il faut faire le premier pas, et que ce premier pas consiste à montrer une fragilité.

Commencez par regarder autour de vous : cet ancien collègue qui a monté sa boîte il y a deux ans, ce fournisseur qui dirige une structure de votre taille, cette cliente qui a traversé la même croissance que vous. Vous les voyez comme des contacts professionnels. Ils pourraient devenir des pairs, à condition de changer la nature de la conversation.

Pour ça, dites quelque chose de vrai en premier. « J'hésite sur un recrutement, je voulais votre avis » ouvre plus de portes que « ça marche fort, et vous ? ». Celui qui avoue le premier qu'il doute donne à l'autre la permission d'en faire autant. Ça paraît risqué, et en réalité ça soulage les deux.

Privilégiez les gens hors de votre secteur. Avec un concurrent, même sympathique, vous garderez toujours une partie des cartes. Avec un dirigeant d'un autre métier, vous pouvez tout mettre sur la table, et vous récupérez en prime des façons de faire que votre secteur ne connaît pas.

Enfin, choisissez des formats où l'on parle vraiment. Un déjeuner à quatre ou cinq, un café à deux. Pas une salle de cent personnes. La confiance a besoin d'une table et d'une heure et demie, pas d'un badge.

Une table de dirigeants, sans l'étiquette

C'est pour cette raison que KOZ club organise des déjeuners entre professionnels à quatre à six personnes, dans votre ville. Près d'un tiers des inscrits sont des fondateurs, souvent seuls à la tête de leur projet, et ils viennent chercher exactement ce que ce guide décrit : des gens qui comprennent, sans avoir à expliquer.

Le fonctionnement est simple. Vous remplissez un formulaire d'une minute sur votre métier, votre contexte et ce qui vous occupe en ce moment. Vous choisissez une date dans votre ville. Trois jours avant, on compose les tables à partir des profils, en évitant ce qui gâche une conversation : jamais deux personnes de la même entreprise, jamais deux concurrents directs. Deux jours avant, vous recevez le restaurant. Chacun règle son repas sur place.

Et une règle implicite tient tout le reste : on vient pour rencontrer, pas pour vendre. Pas de pitch, pas de carte de visite, pas de badge. Autour de la table, un fondateur, une freelance, un manager qui veut sortir de son silo, un dirigeant qui cherche un avis extérieur. Des conversations qui commencent par « et vous, qu'est-ce qui vous occupe en ce moment ? », et qui finissent souvent par un numéro échangé pour s'appeler la semaine suivante.

Si vous vous reconnaissez

La solitude du dirigeant ne disparaît pas, elle se gère. Comme la trésorerie, elle demande une attention régulière et des interlocuteurs identifiés. Le jour où vous aurez deux ou trois personnes à qui envoyer un message à 21h30, la décision à prendre n'aura pas changé. Mais vous ne la prendrez plus seul, et ça change tout :)

Sources

  • Bpifrance Le Lab, communiqué « Bpifrance Le Lab dévoile les nouveaux visages de la solitude des dirigeants de PME-ETI, entre incertitudes et quête de sens », 30 juin 2026, enquête auprès de 917 dirigeants de PME et ETI (février à avril 2026), https://presse.bpifrance.fr/bpifrance-le-lab-devoile-les-nouveaux-visages-de-la-solitude-des-dirigeants-de-pme-eti-entre-incertitudes-et-quete-de-sens/?lang=fra

Questions fréquentes

Est-ce normal de se sentir seul quand on dirige une entreprise ?

Oui, et c'est même la situation la plus courante. Dans l'enquête 2026 de Bpifrance Le Lab auprès de 917 dirigeants de PME et d'ETI, 49 % se déclarent isolés. Cette solitude tient à la place que vous occupez, pas à votre caractère : vous portez un risque que personne d'autre ne porte, et votre entourage professionnel dépend de vos décisions.

À qui parler quand on ne peut pas en parler à ses équipes ?

À des pairs : d'autres dirigeants, idéalement hors de votre secteur, qui portent le même type de responsabilité dans une autre entreprise. Ils n'ont rien à perdre à vos décisions, ils comprennent sans explication, et la relation est réciproque. Un ancien collègue devenu dirigeant, un fournisseur ou une cliente de votre taille sont souvent de bons points de départ.

Un coach ou un psychologue, ça remplace des pairs ?

Ça ne remplace pas, ça complète. Un professionnel vous aide à prendre du recul sur votre fonctionnement, et c'est précieux. Un pair vous apporte autre chose : le regard de quelqu'un qui vit la même chose en ce moment, sans facturer, et qui attend de vous la même écoute. Les deux peuvent coexister.

Comment se passe un déjeuner KOZ club pour un dirigeant ?

Vous remplissez un formulaire d'une minute, vous choisissez une date dans votre ville, et trois jours avant, KOZ club compose une table de quatre à six professionnels aux profils complémentaires, sans deux personnes de la même entreprise ni deux concurrents directs. Le restaurant vous est communiqué deux jours avant. Chacun règle son repas sur place. La place se prend à l'unité, sans engagement ; dans certaines villes qui proposent plusieurs dates par mois, un abonnement est aussi possible. On vient pour rencontrer, pas pour vendre.

Prêt à passer à table ?

4 à 6 pros compatibles, 11,99 € le déjeuner, sans engagement.